Comme beaucoup d'entre vous (je l'espère!!), j'ai suivi attentivement les travaux de Pierre Maury concernant la "bibliothèque malgache électronique". Et puisque Pierre Maury a eu l'excellente initiative de mettre les oeuvres en libre accès, je ne me suis pas privé d'en télécharger quelques uns, et bien sûr, de les lire!
J'ai donc lu le treizième tome de la série, vu qu'il semblerait être un "best seller" de la collection.
"Madagascar à vol d'oiseau", récit écrit par Désiré Charnay, explorateur, aventurier et photographe français du 19e siècle, qui laissa semble-t-il quelques belles pièces d'anthropologie.
Comment résumer ce livre? Désiré Charnay décrit ses rencontres lors d'un court séjour à Madagascar.
Il rencontre principalement des colons français, mais également des "malgaches" et des "ovas" de tous bords, d'une reine "sakalave" au général "ova" en passant par les marmites (porteurs) "malgaches" ou les perfides commercants "ovas".
On remarquera dès cette énumération que l'auteur fait soigneusement le tri entre les "malgaches", que l'on nommerait aujourd'hui "côtiers", et les "ovas" (je connaissait mieux l'orthographe "hova"), que l'on nommerait aujourd'hui "merina". Si la distinction est toujours un fondement de la société malgache d'aujourd'hui, il est frappant de nommer une partie de la population malgaches et l'autre ovas. On sent la notion sous-jacente de légitimité supérieure des "malgaches" par rapport aux "ovas". Désiré Charnay nous livre d'ailleurs une pièce de l'histoire de la population de l'île en écrivant "(...) l'Ova, d'origine malaise et jeté à une époque inconnue sur la côte Est de Madagascar, il fut refoulé dans l'intérieur de l'île par les populations primitives et finit par se grouper et s'établir sur le plateau central de l'Emyrne." La plupart des historiens actuels sont beaucoup moins catégoriques sur l'origine du peuplement de l'île, et certains ont trouvé bien commode d'invoquer un "troisième luron", la vazimba, histoire de mettre tout le monde d'accord: pas de gagnant ni de perdant, un espèce de gnome était là bien avant. Et comme personne ne se réclame d'origine vazimba, hop, on remet tout cela dans la boite de pandore. Pratique... Bref, je m'égare.
Donc, malgaches et ova. Si je résume les écrits, nous avons des malgaches, de plusieurs ethnies, Sakalave, Betzimisarak, ou Antankare, et des ovas.
Les Ova sont décrits comme "paria" de la société, "maudits par tous les habitants de l'île", "isolé dans son repaire" (les plateaux centraux), il incendia les forêts dérobées à l'ennemi, devasta le magnifique plateau de l'Emyrne, fit un désert de son pays." De caractère "triste, défiant, souple, rampant, faux et cruel", son "instinct de domination et la soif de vengeance" le poussa à conquérir l'île.
Les malgaches eux sont "sauvages, grands et forts" dans le Sud, "plus doux, plus élégant et plus amis des plaisirs" dans l'Est, et dans le Nord, L'Antankare "robuste et épais" cherche encore refuge "contre la tyrannie des Ovas".
Je m'arrête là, vous l'aurez compris, nous sommes en plein dans le XIXè siècle colonial français, avec le mythe du bon nègre, agrémenté ici du perfide Ova, qui ressemble à s'y méprendre à la description du juif dans une certaine litterature.
Alors, quel est l'intérêt de cet ouvrage? La description de la vie quotidienne est assez peu précise et finalement nous transporte assez peu. La description des personnages est parfois interessante, et particulièrement la description de ces officiels Ova, selon l'auteur, fats, peu sûrs d'eux, cérémonieux, perfides, bref, ridicules. L'auteur évoque à peine la situation politique, tout au plus comprenons nous que l'avenir de la colonie est incertaine.
Non, ce qui est interessant, en tout cas pour moi français, attaché à Madagascar, c'est le regard qu'on pu avoir mes ancêtres sur ce pays. La haine du Ova est saisissante. Comment ces hommes, tous empreints de cette "mission civilisatrice" faite d'une étrange bonté paternaliste et d'un sentiment de supériorité de l'homme blanc (car la colonisation française a toujours endossé l'habit de l'oeuvre civilisatrice), comment ces hommes donc ont pu être amené à développer un tel rejet d'une partie de la population de l'île?
J'avais conscience de la responsabilité des colonisateurs dans l'opposition Merina/côtiers, je connaissait les efforts des français à instruire les populations côtières pour leur donner des postes à responsabilité dans l'administration coloniale, mais très honnêtement, je n'avais pas idée de ce niveau de violence du rejet de la population des plateaux.
Ce drôle d'oiseau qui a survolé Madagascar m'a permis de mieux saisir. Mieux saisir la haine que certains décendants de ces Ova vouent encore aux français. Merci donc à Désiré Charnay, mais surtout merci à Pierre Maury pour son travail remarquable.