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Jeudi 15 février 2007
Un billet ultra rapide pour reprendre une petite phrase d'un long article du journal Le Monde couvrant le sommet France-Afrique de cannes qui s'ouvre ces jours ci, à propos de la crise malgache de 2002:

"Paris a fini par convaincre le président malgache Didier Ratsiraka de quitter le pouvoir en 2002"

Voilà une version des évènements que l'on ne lit pas si souvent. Personnellement, j'ai toujours crû que la France, après un temps d'hésitation, a aidé Marc Ravalomanana a asseoir son pouvoir. Je m'appuie sur un évènement particulier: Toute la publicité sur cet avion de mercenaires parti du Bourget. Comment peut-on imaginer que e gouvernement malgache en soit informé, et que des fuites soient organisées vers la presse, si l'Etat français avait été réellement contre Ravalomanana?
Je pense tout simplement que la France a voulu prendre un certain nombre d'assurances avant de définitivement lâcher Ratsiraka. Je pense que certains dans les ministères français évoquaient la possibilité d'un 1972 bis, avec reprise en mains des intérêts français par l'Etat malgache.


http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-866796,0.html?xtor=RSS-3208
par Madagascan publié dans : Politique
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Lundi 12 février 2007

Un des sujets persistants de mécontentement de l'opposition politique à Madagascar est l'insatiable appétit de TIKO, société créée par le Président de la République et dont il est toujours actionnaire sans avoir de fonction opérationnelle.

TIKO qui était à la base une société agroalimentaire est devenu un conglomérat englobant des activités dans l'agroalimentaire (TIKO, IKO,..), dans le commerce de gros (MAGRO), dans le BTP (Alma et CCM), dans les médias (MBS radio et TV, Radio Mada, Radio Fahazavana) , dans l'imprimerie (Blueprint). On a longtemps parlé d'une compagnie aérienne TIKO AIR, particulièrement à l'époque où Marc Ravalomanana avait acheté pour le compte de la Présidence un Boeing 737, avion un temps enregistré au nom de "TIKO AIR" en lieu et place de l'Etat Malgache.

Un certain nombre de personnes se plaignent donc régulièrement de l'emprise toujours plus importante du groupe TIKO sur l'économie nationale. Lorsque ALMA remporte un contrat de réfection de routes (de gré à gré il est vrai), on crie au scandale. Lorsque l'Etat fait toutes les misères du monde à Galana (ici et ), on chuchote que TIKO OIL est derrière tout cela. La litanie est sans fin.

Aujourd'hui, Madagascar Tribune nous apprend que la KOBAMA (principale minoterie de Madagascar) s'est vue annuler son contrat de gestion d'un silo à farine sur le port de Toamasina, qui courait jusqu'à Mai 2007. La raison est le non-respect des obligations exigées dans la gestion du silo. Considéré hors normes, ce silo ne serait plus habilité à traiter des produits alimentaires. "Etrangement", TIKO est en train de construire un silo plus important et plus moderne juste à coté.
On attend donc les réactions de l'opposition.

Tout cela me fait repenser à un billet que j'avais rédigé il y a quelques temps, fustigeant l'immobilisme des opérateurs économiques. TIKO est une exception, et investit massivement et régulièrement pour étendre ses activités. C'est une attitude tout à fait en contradiction avec les habitudes locales. D'où les critiques incessantes.
Malgré tout, il est possible que tout ne soit pas complètement blanc pour TIKO. Le développement du groupe est-il dû au dynamisme de son équipe dirigeante ou aux passes-droits octroyés par l'entourage présidentiel? La question reste ouverte.

 


http://www.madagascar-tribune.com/index.php?JOURNAL=1131&ART=22031

 

par Madagascan publié dans : Economie
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Mardi 6 février 2007
Roland RatsirakaTrop de boulot m'a empêché de poster hier (bah oui, mine de rien j'ai un boulot prennant :-) ), je ne poste qu'aujourd'hui un rapide billet.
Suite à l'annonce de la destitution de Roland Ratsiraka, ce dernier contre-attaque en mettant en cause la légalité de l'action: Le point n'était pas à l'ordre du jour, donc la décision ne doit pas apparaître dans le Procès Verbal de séance, donc le "coup" est nul. C'était prévisible. Nous verrons si les autorités ministérielles ont la même vision que lui (pas gagné...).
Roland Ratsiraka revient également sur les arguments avancés pour le destituer. Concernant les problèmes de gestion, Roland Ratsiraka rappelle que la commune a subit de nombreux contrôles y compris du BIANCO (pour ceux qui ne connaissent pas le BIANCO, j'ai promis en débutant ce blog, que je consacrerai un jour un billet au BIANCO, je n'oublie pas!), et que donc s'il y avait réellement des problèmes de gestion à la mairie, il aurait été sanctionné depuis longtemps. J'avais moi-même avancé l'argument dans un billet précédent. Comme quoi...
Autre grief: ses absences répétées à la mairie. Roland Ratsiraka explique qu'il a du s'absenter pour cause de campagne électorale et également pour cause de visite familiale (pour le financement de sa campagne?).
Bref, l'affaire n'est pas close. Soyons sûr que coté majorité présidentielle, le dossier R. Ratisraka n'est pas clos non plus.
Suite au prochain épisode.
par Madagascan publié dans : Politique
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Mercredi 31 janvier 2007

Il y a deux semaines environ, je disais que les ennuis commençaient pour Roland Ratsiraka.

Malheureusement, ma prémonition de début décembre s'est confirmée, "on" a donné l'ordre d'abattre politiquement Roland Ratsiraka. Son score honorable aux dernières présidentielles a eu raison de lui.

Un véritable traquenard a été préparé. Lors d'une séance du conseil municipal, alors que la question n'était pas à l'ordre du jour, l'opposition a profité du passage en revue du rapport d'activité 2006 pour évoquer la mauvaise gestion de la mairie. Une motion s'en est suivie, votée non seulement par l'opposition, mais également et surtout par 7 des membres du TTS, le mouvement créé et mené par Roland Ratsiraka.
Evidemment, un tel revirement de ses affidés à dû se monnayer d'une façon ou d'une autre.
Ce qui est étrange, c'est que le mandat du maire arrive à expiration d'ici quelques mois, et que Roland Ratsiraka avait évoqué sa volonté de s'"éloigner" de ses fonctions de maire.

Encore une fois, la vie politique malgache s'entâche d'une nouvelle histoire pathétique. Où est la démocratie? Je disais il y a quinze jours, qu'en politique, il faut savoir tenir ses troupes. Cruelle confirmation pour Roland Ratsiraka. Je suis tout de même interloqué de voir avec quelle facilité Roland Ratsiraka accepte la fatalité. Qu'a-t-il en tête? Pourquoi, alors que l'affaire était annoncée publiquement depuis plusieurs semaines, n'a-t-il pas pris certaines mesures pour sécuriser sa position? Roland Ratsiraka entend-il se retirer de la vie politique malgache? Il y a t-il un deal plus secret entre le pouvoir présidentiel et lui (la mairie de Toamasina contre la tranquilité judiciaire par exemple)? Nous verrons si ces prochaines semaines apporteront de l'eau à mon moulin.

 


http://www.lexpressmada.com/index.php?p=display&id=4838

 

par Madagascan publié dans : Politique
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Jeudi 25 janvier 2007

Comme beaucoup d'entre vous (je l'espère!!), j'ai suivi attentivement les travaux de Pierre Maury concernant la "bibliothèque malgache électronique". Et puisque Pierre Maury a eu l'excellente initiative de mettre les oeuvres en libre accès, je ne me suis pas privé d'en télécharger quelques uns, et bien sûr, de les lire!

J'ai donc lu le treizième tome de la série, vu qu'il semblerait être un "best seller" de la collection.

"Madagascar à vol d'oiseau", récit écrit par Désiré Charnay, explorateur, aventurier et photographe français du 19e siècle, qui laissa semble-t-il quelques belles pièces d'anthropologie.

Comment résumer ce livre? Désiré Charnay décrit ses rencontres lors d'un court séjour à Madagascar.
Il rencontre principalement des colons français, mais également des "malgaches" et des "ovas" de tous bords, d'une reine "sakalave" au général "ova" en passant par les marmites (porteurs) "malgaches" ou les perfides commercants "ovas".

On remarquera dès cette énumération que l'auteur fait soigneusement le tri entre les "malgaches", que l'on nommerait aujourd'hui "côtiers", et les "ovas" (je connaissait mieux l'orthographe "hova"), que l'on nommerait aujourd'hui "merina". Si la distinction est toujours un fondement de la société malgache d'aujourd'hui, il est frappant de nommer une partie de la population malgaches et l'autre ovas. On sent la notion sous-jacente de légitimité supérieure des "malgaches" par rapport aux "ovas". Désiré Charnay nous livre d'ailleurs une pièce de l'histoire de la population de l'île en écrivant "(...) l'Ova, d'origine malaise et jeté à une époque inconnue sur la côte Est de Madagascar, il fut refoulé dans l'intérieur de l'île par les populations primitives et finit par se grouper et s'établir sur le plateau central de l'Emyrne." La plupart des historiens actuels sont beaucoup moins catégoriques sur l'origine du peuplement de l'île, et certains ont trouvé bien commode d'invoquer un "troisième luron", la vazimba, histoire de mettre tout le monde d'accord: pas de gagnant ni de perdant, un espèce de gnome était là bien avant. Et comme personne ne se réclame d'origine vazimba, hop, on remet tout cela dans la boite de pandore. Pratique... Bref, je m'égare.

Donc, malgaches et ova. Si je résume les écrits, nous avons des malgaches, de plusieurs ethnies, Sakalave, Betzimisarak, ou Antankare, et des ovas.
Les Ova sont décrits comme "paria" de la société, "maudits par tous les habitants de l'île", "isolé dans son repaire" (les plateaux centraux), il incendia les forêts dérobées à l'ennemi, devasta le magnifique plateau de l'Emyrne, fit un désert de son pays." De caractère "triste, défiant, souple, rampant, faux et cruel", son "instinct de domination et la soif de vengeance" le poussa à conquérir l'île.

Les malgaches eux sont "sauvages, grands et forts" dans le Sud, "plus doux, plus élégant et plus amis des plaisirs" dans l'Est, et dans le Nord, L'Antankare "robuste et épais" cherche encore refuge "contre la tyrannie des Ovas".

Je m'arrête là, vous l'aurez compris, nous sommes en plein dans le XIXè siècle colonial français, avec le mythe du bon nègre, agrémenté ici du perfide Ova, qui ressemble à s'y méprendre à la description du juif dans une certaine litterature.

Alors, quel est l'intérêt de cet ouvrage? La description de la vie quotidienne est assez peu précise et finalement nous transporte assez peu. La description des personnages est parfois interessante, et particulièrement la description de ces officiels Ova, selon l'auteur, fats, peu sûrs d'eux, cérémonieux, perfides, bref, ridicules. L'auteur évoque à peine la situation politique, tout au plus comprenons nous que l'avenir de la colonie est incertaine.

Non, ce qui est interessant, en tout cas pour moi français, attaché à Madagascar, c'est le regard qu'on pu avoir mes ancêtres sur ce pays. La haine du Ova est saisissante. Comment ces hommes, tous empreints de cette "mission civilisatrice" faite d'une étrange bonté paternaliste et d'un sentiment de supériorité de l'homme blanc (car la colonisation française a toujours endossé l'habit de l'oeuvre civilisatrice), comment ces hommes donc ont pu être amené à développer un tel rejet d'une partie de la population de l'île?

J'avais conscience de la responsabilité des colonisateurs dans l'opposition Merina/côtiers, je connaissait les efforts des français à instruire les populations côtières pour leur donner des postes à responsabilité dans l'administration coloniale, mais très honnêtement, je n'avais pas idée de ce niveau de violence du rejet de la population des plateaux.

Ce drôle d'oiseau qui a survolé Madagascar m'a permis de mieux saisir. Mieux saisir la haine que certains décendants de ces Ova vouent encore aux français. Merci donc à Désiré Charnay, mais surtout merci à Pierre Maury pour son travail remarquable.

par Madagascan publié dans : Culture
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