Antsiranana, entre développement et décadence

Publié le par Madagascan

Centrale thermique JIRAMA d'AntsirananaLa capitale du Nord, la « belle endormie », s’est réveillée ces dernières années, avec l’appui d’investissements conséquents dans le domaine du tourisme. On ne compte plus le nombre d’hôtels de qualité qui se sont montés depuis 2003, les constructions de villas (concentrés sur la route de Ramena), la multiplication d’opérateurs touristiques…
La ville a indéniablement gagné en dynamisme économique. Le symbole de ce renouveau étant le « Grand Hôtel », établissement 4 étoiles au design moderne jusque là inconnu sous ces latitudes. Il est d’ailleurs devenu la fierté des antsiranais, et l’on ne compte plus le nombre de personnes venant se faire photographier, ni le nombre d’artistes musicaux locaux venant tourner une séquence de leurs clips devant la façade de l’hôtel.
Par ailleurs, le programme de réhabilitation des infrastructures routières permettra bientôt de désenclaver Antsiranana du reste de l’île avec son lot d’effets bénéfiques : Amélioration de la circulation des biens et des personnes, coût réduit des transports, baisse des prix des PPN importés des régions centrales…
L’avenir de la capitale septentrionale pourrait donc sembler radieux.
Mais…
 
Depuis des mois, la JIRAMA n’assure plus correctement la production et la distribution d’électricité. Il semblerait qu’un certain nombre des génératrices soient en panne, que le générateur principal ait littéralement explosé début mars, et que la JIRAMA peine à se fournir en pièces détachées (est-ce à cause de problèmes budgétaires ou d’indisponibilité de ces pièces sur le marché de par la vétusté des machines ?) pour réparer ce qui est réparable. En sous-capacité chronique, la JIRAMA achète déjà de l’électricité à des prestataires privés tels que L’EDM, l’Enelec et la société Henri Fraise. Malheureusement, eux aussi font face à des problèmes de pannes.
Un accord avec la SECREN (réparation navale) et la JIRAMA permet en théorie d’apporter encore quelques Mégawatts, et en janvier 2007, la presse annonçait que 2 groupes électrogènes devaient être livrés incessamment sous peu à la SECREN, ce qui aurait théoriquement dû soulager la JIRAMA. Malgré tous ces expédients et autre solutions de secours, la situation est de plus en plus critique, si bien que pour la deuxième fois en un an, les étudiants de l’université d’Antsiranana sont descendus dans la rue pour protester. Contrairement à la première fois, il n’y a pas eu de débordement, et cette jeunesse turbulente n'est pas entrée de force au sein des installations de la JIRAMA.
Des promesses ont été données, mais n’ont pas été tenues. En mars 2007, le chef de région le Dr Raymond annonçait que la construction d’une nouvelle centrale thermique était à l’étude, et qu’elle serait opérationnelle dès le mois de juin. Comment un projet à l’étude peut-il être réalisé et opérationnel en moins de 3 mois ? mystère.
Je ne reviendrai pas sur les méfaits des délestages sur l’économie de la ville et de ses habitants, c’est tout bonnement catastrophique.
 
Autre plaie, non pas économique, mais politique cette fois. Depuis un mois, le maire d’Antsiranana est suspendu de ses fonctions après le vote d’une motion d’empêchement par le conseil municipal. Sylvain Rolland est un précurseur en la matière, mais d’autres communes ont embrayé sur cette nouvelle « mode » de la suspension de maire : Roland Ratsiraka à Toamasina, et Hermann Raparison à Tsiroamandidy. Résultat, la ville n’a plus de maire, c’est son adjoint, Gordon Andrianirina, qui assure l’intérim.
Cerise sur le gâteau, Dr Raymond (celui qui fait de fausses promesses de retour à la normale pour la JIRAMA) vient de faire les frais des mauvais résultats du référendum sur la Constitution sur sa région : 71% des votants de la région se sont exprimés contre la nouvelle constitution. Inacceptable pour l’équipe présidentielle. Limogé. En clair, la région n’a plus de chef, et la mairie non plus.
 
Le président Ravalomanana semble apprécier la région, puisqu’il a déjà effectué plusieurs séjours privés et publics à Antsiranana ou plutôt à Ramena, où l’Etat possède une résidence présidentielle sur la magnifique baie d’Antsiranana. Lors de l’un de ses séjours, il s’était d’ailleurs engagé à la réfection de la route de Ramena (comme quoi, cela sert d’avoir un président comme voisin). Il a organisé en février un conseil des ministres délocalisé dans la ville (et comme par miracle, pas de délestage ce jour là). Il a affirmé dans des discours publics qu’il portait grand espoir en la région DIANA pour l’accomplissement du MAP (Madagascar Action Plan).
On peut donc espérer que la situation on ne peut plus critique de la région DIANA, et plus particulièrement de ses deux pôles principaux (Nosy Be et Antsiranana), soit identifiée comme une priorité pour l’Etat Malgache, pour qu’enfin, le chaos soit maîtrisé et jugulé : vie politique pacifiée, et électricité retrouvée.
 

Manifestation des étudiants :
 
Limogeage du Dr Raymond :
 
La Secren aide la JIRAMA :
 
Ravalomanana à Antsiranana :
 
Une nouvelle centrale thermique promise :
 
Explosion du groupe central et difficultés des fournisseurs privés :

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Eric Charon 04/08/2008 11:27

Bonjour,
Je ne montrerais pas à mon père, André Charon, les commentaires sur la situation des centrales électriques à Madagascar, il en serait malade. Il s'est occupé de celle de Diego-Suarez, pardon antsiranana, dans les années 1970 puis a été l'un des derniers techniciens français travaillant pour la Jirama, au début des années 1980 (Fianarantsoa, Manakara, Farafangana).
Ayant toujours une profonde amitié pour Madagascar et son peuple (j'y ai passé dix ans), j'espère que mon second pays, après la France, aura le courage nécessaire de surmonter ces obstacles.

Madagascan 04/08/2008 12:44


Bonjour!
Oui, la situation de la JIRAMA est très difficile. La société de relève, doucement, mais elle est toujours en proie à ses démons: le vol et la corruption.
Il y a quelques semaines seulement, on me racontait encore comment, à Nosy Be, la société Henri Fraise a dû récupérer ses génératrices Caterpillar louées à la JIRAMA. La JIRAMA avait éxigé que
l'entretien se fasse par ses équipes. A cause du traffic au gas-oil et au lubrifiant opéré par les employés, les génératrices flambantes neuves d'Henri Fraise ont connu panne sur panne, à tel point
que leur propriétaire a préféré mettre fin au contrat de location afin de préserver l'état de ses machines.
A coté de cela, il y a des employés de la JIRAMA qui tentent l'impossible pour maintenir en état des groupes hors d'âge, et déploient des trésors d'ingéniosité pour faire tourner coûte que coûte
ces vieux moteurs.