Nouvelles de Nosy Be

Publié le par Madagascan

Je n’avais pas séjourné à Nosy Be depuis plusieurs années maintenant. Que de changements en si peu de temps !

Tout d’abord, toutes les rues principales de Hell Ville sont désormais bitumées, avec de vrais trottoirs, des passages piétons, et de la signalisation routière ! Les panneaux indicateurs fleurissent partout. A vue de nez, il doit bien y avoir un panneau de signalisation tout les 50 mètres ! Dire qu’il y a 70% de chances (part des aides internationales au budget de l’Etat malgache) que cela soit mes impôts qui financent cette débauche de signalisation ! A noter que le « boulevard Général de Gaulle » (la rue principale qui part du croisement vers Fascene et qui descend jusqu’à l’Alliance Française), est désormais interdit aux « véhicules à traction animale » et que tout arrêt ou stationnement dans le sens de la descente est interdit. Il va sans dire que cela n’est nullement respecté. Les chars à zébu bloquent toujours la circulation, et les taxis s’arrêtent toujours en plein milieu de la chaussée. La police devra faire preuve d’un peu de fermeté. A noter cependant que les gens commencent à utiliser les passages piétons, et que certains chauffeurs de taxi les respectent ! Comme quoi, le sens civique existe encore un peu lorsque la population a matière à être fière des infrastructures mises en place. Même la mairie a pris un coup de jeune (du moins à l’extérieur, l’équipement étant toujours aussi dérisoire).

Même impression pour aller à Ambatoloaka : Route goudronnée, trottoirs, et panneaux de signalisation (mais densité moindre qu’à Hell Ville tout de même). Les 4L deviendraient presque confortables… si elles avaient encore des suspensions, si les sièges avaient encore des ressorts, et si on n’était pas 8 dedans. Disons que dans un véhicule normal, c’est du velours ! En allant vers Ambatoloaka, le développement du quartier de Dar-es-Salam est impressionnant ! Les constructions ont poussé comme des champignons, plutôt des constructions locales (pas vraiment de villas), et les trottoirs (la chaussée aussi d’ailleurs) sont en permanence noirs de monde.

Toujours dans le domaine du développement, la zone d’Andilana poursuit sa croissance. Le modeste hôtel restaurant chez Loulou est devenu un superbe établissement, des boutiques sont en cours de construction, des tables de massage ont été installées à l’ombre… Il reste certainement beaucoup à faire sur cette zone, mais de l’avis des vendeurs et autres rabatteurs, l’activité est au moins aussi importante à Andilana qu’à Ambatoloaka, ce qui n’était pas le cas jusqu’à récemment.

Développement toujours, avec la construction d’une route reliant l’aéroport de Fascene à Andilana. Fin juillet 2008, les travaux étaient bien avancés, une première couche de bitume recouvre pratiquement toute la route, et les travaux vont bon train. Une noria de camions de l’entreprise chinoise China Geo Engineering Corporation transporte terre, blocs de pierres… Derrière l’aéroport de Fascene, des installations temporaires ont été mises en place, en particulier pour le parcage des camions, et le stockage des matériaux. Il est à noter que cette route devait initialement être terminée en octobre 2008. La défaillance de la première société ayant obtenu le marche, la société Sinohydro, a poussé les autorités malgaches à transmettre le marché à la China Geo Engineering, qui avait déjà mené à bien la réhabilitation des voies urbaines à Hell Ville et l’amélioration de l’adduction d’eau sur l’île.
A propos de cette route, que j’ai empruntée, elle est effectivement impressionnante : 35 mètres de large, elle traverse des zones quasi inhabitées de Nosy Be, avec des points de vue magnifiques. La route est cependant plutôt vallonnée et parfois sinueuse. Connaissant l’état du parc automobile et la mentalité des chauffeurs, nul doute que de nombreux accidents auront lieu sur cette « autoroute » nosybéenne.  Se faufiler sur une piste défoncée exige des compétences différentes que rouler sur un ruban de bitume.
Il faudra surveiller le développement touristique induit par cette nouvelle route : Des coins sauvages vont devenir accessibles, de nouveaux spots touristiques devraient voir le jour ces prochaines années.

Pour terminer sur le volet développement, il est prévu courant 2008 la réhabilitation du Bazar Be à Hell-Ville, ainsi que la construction d’un marché à Ambatoloaka. Il est prévu également de réhabiliter le port de Hell Ville et celui d’Ankify (cela ne sera pas du luxe !).

Voilà pour les bonnes nouvelles. Evidemment, tout n’est pas rose.
L’électricité reste un problème sur l’île. L’incapacité de la JIRAMA de sortir financièrement de la zone rouge impose des palliatifs qui ne règlent pas les problèmes. A Nosy Be par exemple, une génératrice de 1,25 MW a été louée à la société Henri Fraise, et intégrée dans les locaux de la JIRAMA. La JIRAMA ayant imposé au loueur d’assurer la maintenance du groupe par ses propres équipes, le groupe a connu panne sur panne. Pas étonnant lorsqu’on connaît les pratiques des équipes de maintenance de la JIRAMA (détournement du gas-oil destiné aux motrices, détournement des lubrifiants et réutilisation abusive des lubrifiants encrassés…). Voyant son groupe de marque Caterpillar en danger, la société Henri Fraise aurait préféré casser le contrat et reprendre sa génératrice. Résultats, Ambatoloaka est coupé de 17h30 à 23 heures tous les soirs, et d’autres zones de façon plus sporadique (environ un soir sur deux, de 18h à 22h).

Si l’adduction d’eau a été renforcée grâce aux chinois, la JIRAMA est toujours dans l’incapacité de fournir de nouveaux compteurs d’eau. Ainsi, un marché parallèle s’installe et des détournements d’eau sont réalisés par des personnes se disant travailler pour les chinois. Leur discours est bien rodé, les chinois vont bientôt avoir le droit de distribuer et commercialiser l’eau, il suffira de régulariser, vous serez prioritaires. C’est évidemment totalement faux, un accord ayant été signé avec la JIRAMA le 11 juillet avec pour objet de confier à la JIRAMA la gestion des systèmes d’approvisionnement en eau potable de la Commune de Nosy Be. Cet accord intègre les termes de la concession initiale et les conditions d’exploitation du système d’alimentation en eau potable de Nosy Be par la JIRAMA. En clair, les chinois on amélioré le réseau, et la JIRAMA en reprend la concession.

L’aéroport de Fascene a connu des extensions afin d’accueillir des gros porteurs (le Boeing 767 d’Air Madagascar en provenance de Milan, ainsi que l’Airbus A330 de Corsair en provenance de Paris-Orly). Malgré tout, l’aérogare reste minuscule, et les contrôles de sécurité sont une vaste blague : Pour les départs, un portique de sécurité est bien là, mais il sonne systématiquement, si bien que les agents vous laissent passer, du moment que vous avez vidé vos poches. Et tant pis si vous avez dissimulé une arme. Le scanner à bagages ne fonctionne plus, et c’est une vague fouille des bagages cabine qui s’effectue. Une fouille tellement de surface que l’on pourrait embarquer à peu près tout ce que l’on veut en cabine.  Pour les arrivées, ce n’est guère mieux : Trois files d’attentes : Une pour obtenir le visa, une pour faire tamponner le visa vendu sur place, et une troisième pour tamponner le visa délivré à l’avance. Sauf qu’aucune signalétique n’indique la nuance. Résultat, c’est une belle pagaille, et on a toutes les chances de faire la queue deux fois, voire trois fois. La fouille des bagages là encore est une vaste blague. Mais au moins, contrairement à il y a quelques années, la douanière (la même depuis des années) ne m’a pas demandé de petit cadeau. De l’avis de plusieurs personnes, la lutte contre la corruption commence à faire son effet, et les fonctionnaires hésitent plus à se faire graisser la patte. Des démarches en mairie ont été réalisées dans les formes et pratiquement dans les délais, sans aucune rétribution. J’ai été plutôt impressionné par la bonne volonté du fonctionnaire de mairie, qui travaille dans des conditions difficiles.

De nombreux nosybéens se plaignent de l’insécurité croissante. Il faut dire que l’île a connu une croissance assez importante de sa population, et qu’en parallèle, les emplois se font rares. La fermeture de l’usine sucrière de la SIRAMA à Dzamandzar fin 2005 à mis sur le carreau plus de 1.500 personnes… Au plus fort de son activité, l’usine employait 3000 personnes, et aujourd’hui, 200 personnes assurent l’entretien minimum. La SIRAMA en est réduite à vendre ses terres, parcelle par parcelle, ce qui hypothèque toute éventualité d’un redémarrage de l’activité agricole. Les bruits courent que la pêcherie serait dans le rouge également. Là encore, 1000 ou 1500 personnes sont menacées. Le quartier de Dar es Salaam a particulièrement mauvaise réputation. C’est là que la « jeunesse dépravée » aurait ses quartiers. C’est effectivement un quartier populaire, avec une population sans emploi, qui vit dans des conditions difficiles, à très grande proximité des touristes. Le cocktail est explosif.

Coté hôteliers et restaurateurs, c’est grise mine à Ambatoloaka : La fréquentation est en baisse. Il faut dire que d’une part les tarifs sont élevés, que le niveau des prestations frise parfois l’escroquerie, et qu’enfin, Nosy Be est régulièrement dénigrée pour sa perte d’identité, et récemment, pour des problèmes d’insécurité.
A ce propos, pour ceux qui pensent encore que c’est le « Saint Tropez » malgache, il faut se souvenir que Nosy Be accueille environ 30.000 touristes en un an (source PIC). A titre de comparaison, le Mont Saint Michel accueille… 3 millions de touristes par an !
Coté mouvements, il parait que le Baobab Café serait à céder, les deux frangins gérants voulant mettre les voiles pour Antananarivo. Ces deux jeunes vazahas résidents, arrivés à Nosy Be avec leurs parents, semblent épuisés par les difficultés liées à leur activité. Il faut dire que la fréquentation est en berne, et que seuls quelques établissements tirent leur épingle du jeu : Karibo, Taxi-Be (ex-Chunga), Billard, Maison de la Mer, chez Angéline. Les hôtels et restaurants de Madirokely souffrent en plus de la « privatisation » de la route directe par un établissement hôtelier, qui impose désormais un long et chaotique détour par un mauvais chemin.
Il est notable que les établissements qui jouent la carte de la qualité ne sont pas payés en retour. Parmis les « stars » du coin, aucun ne joue réellement la qualité. Si effectivement Karibo fait les meilleures pizzas de Nosy Be, le reste de la carte est très moyen. Sans parler de l’accueil du patron, inexistant. Dans un restaurant quasi vide (il était tôt), il passe plusieurs fois devant notre table sans même prendre la peine d’adresser un simple bonjour. Heureusement les serveurs sont plus sympas que leur patron. Le Taxi-Be, avec son orchestre. Sympa, mais déco, service, super moyen. Le billard : D’une part, il faut avoir une bonne raison d’aller dans ce bar : Soit c’est parce qu’on veut faire une partie de billard anglais, soit parce qu’on veut ramasser une makorely. Le nombre de makorely étant bien supérieur au nombre de tables de 8 pool… D’autre part, l’ambiance musicale est assurée par un guitariste italien, qui s’accompagne de son ordinateur portable. Un soir ca va, mais réentendre plusieurs soirs l’Aziza de Daniel Balavoine avec l’accent italien, ca devient vite insupportable. Maison de la mer : Rien de spécial, bar un peu miteux, où les résidents viennent refaire leur monde, où les instits de l’école française vous racontent leurs problèmes existentiels et les menaces de grève, où les vieux résidents désargentés espèrent harponner le candidat au rêve malgache et lui refiler leur business bancal. Chez Angéline, on mange correct, mais la taille du resto favorise la présence de groupes. Et la cuisine étant d’inspiration italienne, des groupes d’italiens. Tant pis pour la tranquillité.
A coté de cela, des lieux comme le Baobab café, à la déco léchée, à l’ambiance musicale travaillée, au service efficace, et à l’accueil chaleureux, peine à faire le plein. Il n’est pourtant pas plus cher que les autres. Il est peut être trop classe. Peut être trop exigeant. Madagascar, c’est roots, non ? Alors un lieu un tant soit peu sophistiqué, ca ne marche pas. Dommage, car cela ne favorise pas l’exigence, la qualité, et l’inventivité. Prenez un bar, mettez une ambiance musicale années 80-90 (bah oui, faut plaire au quarantenaires et cinquantenaires, l'âge moyen des résidents), faites une déco approximative (drapeau corse, béret basque, affiches de corrida, maillot de foot de l’OM…), mettez des serveuses plus soucieuses de draguer le client que d’assurer le service, et vous aurez le cocktail gagnant. C’est le concept « bar à beaufs », concept numéro un à Nosy Be.
Enfin, dernier « coup de gueule », arrêtez les Quads !! Pourquoi une telle mode ? C’est moins maniable qu’une moto, et pas plus pratique qu’une voiture. En plus, certains en profitent pour rouler sur la plage : Bruyant, dangereux. Si au moins ils attelaient un système de ratissage pour nettoyer la plage…

Publié dans Société

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karim 29/11/2011 11:05


2 livres récents à lire sur Nosy-Bé :


 


Une monographie historique et culture : Nosy-Bé, Âme malgache, Coeur français.


 


et un roman autobiographique insulaire : Année 2043, Autopsie D'une Mémoire.


 


http://www.thebookedition.com/annee-2043--autopsie-d-une-memoire-de-tamim-karimbhay-p-56300.html


 


http://www.thebookedition.com/nosy-be--ame-malgache-coeur-francais-de-tamim-karimbhay-p-46319.html


 

SAMSIA 08/06/2011 19:22



dur dur comme commentaire, certains patrons de bar font des efforts pour apporter un plus a Ambatoloaka, par exemple le TAXI BE avec de vrais musiciens qui allient la trdition malgache et la
musique internationale, d'ailleurs il y a de plus en plus de couples vahazas, la déco est super et les employés sympas et dynamiques, le safari aussi a l'apéro est au top quand le patron est en
forme, par contre la K bar, nul nul nul depuis que Mario a rejoint le taxi be, on se demande ce que le patron fait là, a part dormir sur place ! ! ! ! la maison de la mer est aussi agréable
surtout quand il y a des concerts de vahazas les "vahazas brothers", l'ambiance dans le village a beaucoup changé en bien et d'ailleurs les touristes qui ne venaient plus reviennent avec plaisir



Madagascan 09/06/2011 16:16



Samsi,


Merci beaucoup pour votre commentaire.
Je vois que vous connaissez bien les lieux.


L'article commence à dater un peu, je n'ai aucun doute sur le fait que l'ambiance ait évoluée depuis. J'espère dans le bon sens.



misterv 09/08/2008 00:22

Bonjour,          Une nouvelle rassurante pour Nosy Be. Avant tout je t'ai mis un nouveau commentaire dans ton post datant du moi d'avril 2007 :  La diffusion de la musique malgache par internet. Je pense que d'ici quelques mois tu pourra aussi nous laisser des vidéos de Nosy Be sur la future plateforme de vidéo de Madagascar. Blog à recommander!          Je te tiens au courant pour toute nouvelle.Mister Unknown           

Tattum 28/07/2008 14:58

waow! Merci pour ce post, ça fait plaisir de lire des nouvelles du pays!Je dirais que pas grand-chose ne m'étonne, Nosy-Be a perdu son âme depuis 10 ans déjà. Si tu trouves la fréquentation moyenne en plein mois de Juillet, c'est pas bon signe en effet. Mais l'île paie son développement anarchique et fondée sur la corruption...

Madagascan 29/07/2008 09:47


Merci pour ton commentaire.
Nosy Be a perdu son âme... J'ai toujours un peu de mal avec ce type de phrase, car pour moi, c'est une vision passéiste. Or s'il y a bien une chose dont a besoin Madagascar, c'est se détacher du
passé et du carcan traditionnel pour s'adapter enfin au monde actuel.
A mon sens, ce à quoi il faut s'attacher, c'est que cette adaptation n'entraîne pas trop de dérives néfastes.
L'île paie effectivement un développement mal contrôlé, mais elle paie également le manque de professionnalisme des intervenants dans le secteur touristique. L'offre est globalement médiocre pour
les tarifs pratiqués. Toute la difficulté sera d'arriver à attirer de véritables professionnels du tourisme.