La crise économique mondiale atteindra-t-elle Madagascar?

Publié le par Madagascan

L'éditorial de Madagascar Tribune du 8 octobre pose la question du budget de l'Etat malgache à la lueur de la crise financière actuelle.  L'éditorialiste mentionne que les dernières réunions budgétaires avec le FMI n'ont pas été exactement rassurantes. Le bailleur de fonds mentionne une mauvaise répartition du budget, et remet donc en cause au du moins ajourne la validation des fonds alloués à Madagascar.  Certains s'en émeuvent, et voient dans ces hésitations un signe avant-coureur de la fermeture du robinet à dollars.

 Pour ceux qui ne seraient pas au courant, la parole du FMI a valeur de parole d'évangile à  Madagascar, car le budget de l'Etat malgache est composé à 80% d'argent provenant des bailleurs de fonds (FMI, world bank, Union Européenne, France, Allemagne, USA, Japon, Banque Africaine de Développement...). Il faut en être conscient, le fameux « MAP » (Madagascar Action Plan) est validé par le FMI. La politique budgétaire malgache est cornaquée par les institutions internationales.  Certains appellent cela la néo-colonisation.

 Alors, comment, concrètement, Madagascar pourrait-elle être impactée par la crise économique actuelle ?

 Un premier éclairage intéressant, c'est une simple phrase prononcée par le candidat démocrate à la vice-présidence des Etats-Unis, le sénateur Joe Biden, lors du débat avec la candidate républicaine Sarah Pallin.  

Le  journaliste demande quelles sont les promesses, compte tenu des évènements récents, que lui et Barrack Obama ont pu faire durant la campagne, qu'ils ne pourraient probablement pas tenir ?

Joe Biden répond alors : « Et bien, une des choses que nous pourrions avoir à revoir à la baisse, c'est l'engagement que nous avions pris de doubler l'assistance étrangère. Nous aurons probablement à limiter cela ». (Traduction approximative, transcription exacte en anglais en suivant ce lien).

Venant d'un vieux routard de la politique américaine, spécialiste des relations internationales au sénat américain, cela n'est pas neutre. Clairement, pour les démocrates, un des moyens pour les américains d'amortir le coût faramineux lié au sauvetage des institutions financières américaines, sera de couper dans les aides aux pays étrangers.  Il est probable que la majorité des américains, traduisent cela comme la justification d'un retrait accéléré des troupes américaines d'Irak et d'Afghanistan. Mais moi, j'entends qu'au-delà de l'Irak et de l'Afghanistan, les Etats-Unis couperont le robinet des aides aux pays étrangers.

Evidemment, on pense immédiatement au Millenium Challenge Account, initié par George W. Bush en 2002 et dont Madagascar a été l'un des premiers bénéficiaires dès 2004.

 

Le second éclairage important, c'est le fond de la crise actuelle. Les institutions financières ne se font plus confiance. Suite à la faillite de grandes banques, et du fait que les banques ne sont pas capables (selon elles) de dire à quel point elles seraient affectées par ces « titres pourris » à base de crédits immobiliers dits « subprimes », elles ne se prêtent plus d'argent entre elles, de peur de ne pas être remboursées.  Aujourd'hui, les grandes banques centrales (américaine, européenne) vont se financer auprès de ceux qui ont du « cash ». Et ceux qui ont du cash actuellement, ce sont les pays du Golfe, les chinois et les indiens.  En clair, le système économique manque d'argent frais. Les besoins en investissement ne sont plus satisfaits.

 Or, que c'est-il passé ces 2 dernières années à Madagascar ? D'énormes chantiers miniers ont été lancés : Dynatec à Ambatovy, QIT Madagascar Minerals  à Fort Dauphin, Madagascar Oil à Tsimiroro et Belomanga, pour ne citer que les principaux. Ces chantiers nécessitent des investissements qui se chiffrent en milliards de dollars. De là à penser que ces chantiers seront affectés par la crise financière, il y a un pas que je franchis allègrement. Ces prochaines semaines, peut-être ces prochains mois me donneront raison ou tord.

 Troisième impact, c'est le pouvoir d'achat des occidentaux.  Le tourisme est la première industrie en termes d'apports de devises pour Madagascar.  Le développement touristique est clairement l'un des objectifs majeurs du développement économique pour le gouvernement actuel. Or, ce qui attend les américains et les européens, c'est une croissance en berne. En particulier pour la France (premier pourvoyeur en touristes pour Madagascar). Le niveau du moral des français est au plus bas depuis bien longtemps, et même si les économistes le réfutent, le sentiment général est que le pouvoir d'achat est à la baisse.  Les études récentes indiquent toutes que le premier poste de dépenses que les français réduisent, c'est le budget loisirs. Moins de sorties, abonnements aux salles de gym non reconduits, et départs en vacances annulés.  Avec des billets d'avion toujours plus chers, la destination Madagascar sera de moins en moins à la portée des vacanciers européens.

 Finissons par une bonne nouvelle : Les banques malgaches ne devraient pas trop subir la crise internationale. Principalement parce qu'elles reposent largement sur les dépôts de leurs clients, et non pas sur des créances. Reste à savoir comment elles font fructifier les dépots. Ont-elles lourdement joué avec les « titres pourris » ? Nous n'en savons rien. Disons qu'étant donné que toutes les banques malgaches majeures sont les filiales de banques françaises, et que ces dernières affirment qu'elles ont été prudentes avec ces titres pourris, ont peut espérer que les banques malgaches n'ont pas trop été tentées par ces investissements.

 

En conclusion, oui, Madagascar sera inévitablement impactée par la crise internationale actuelle. D'une part parce qu'il est prévisible que les Etats resserrent leurs aides aux pays pauvres, d'autre part parce que les grands projets actuels dans le pays auront probablement des problèmes de capacité d'investissement très rapidement, et enfin parce qu'une source importante de richesse du pays, le tourisme, sera fatalement affecté de par le moral en berne des européens ainsi que la baisse de leur pouvoir d'achat (ressenti ou réel)..


http://www.madagascar-tribune.com/Budget-et-budget,9286.html

Publié dans Economie

Commenter cet article

Xavier PIERRE 13/10/2008 13:21

Dans la mesure ou toutes les agences bancaires Malgaches sont des filiales de banques françaises ( à l'exception de bank of Africa ) , leurs bilans comptables sont inclus dans celui de leur maison-mère. Le poids que représente ces filiales dans le bilan des banques françaises est minime. Si ces banques ne sont pas trop engagées dans les projets industriels ( à Fort-Dauphin , par exemple ) , le risque de défaillance est minime, d'autant plus q'elles ne sont pas particulierement en danger sur le marché financier. Un autre problème sera le resserrement du crédit pour les TPE/PME qui touchera vraisemblablement autant les entreprises Malgaches que les autres. L'argent va devenir cher, et cela pourrait porter un sérieux coup à une industrie en developpement.