Clash Antananarivo - Pouvoir Central: Quelle sera la suite?

Publié le par Madagascan

La tension monte encore d'un cran entre la Commune Urbaine d'Antananarivo et le pouvoir central. Rapide rappel des faits :

Le fin de l'année 2007 a vu l'accession à la mairie d'Antananarivo d'Andry Rajoelina, dit « Andry TGV ». Jeune entrepreneur dans le monde des médias (agences de communication INJET et DOMAPUB, station de radio Viva, de télévision VIVA TV), Andry TGV a su gagner le cœur des tananariviens.

Andry TGV a donc gagné la mairie aux dépends d' Hery Rafalimanana, candidat du parti présidentiel TIM, et ancien « TIKO-boy » (cadre de l'entreprise TIKO, appartenant au Président Marc Ravalomanana).


Depuis lors, de nombreuses petites escarmouches se sont succédées au fil des mois entre la mairie et le pouvoir central : Coupure d'électricité et d'eau à la commune pour impayés (impayés du temps de la mairie TIM soit-dit en passant), défaut d'approvisionnement en carburant de la société organisatrice du ramassage des ordures, puis lancement de rumeurs sur le développement de la peste dans la capitale, litiges sur la gestion des gares routières, sur le remblaiement de rizières sans permis...

La tension est cependant montée d'un cran lorsque la chaine télévisée VIVA, propriété du maire, donc, a diffusé pendant 45 minutes non stop un discours enregistré à Paris de l'ancien président Didier Ratsiraka. A partir de cet évènement, le pouvoir central a interdit VIVA d'émettre et à mis environ 200 personnes au chômage technique. Andry TGV a alors lancé un ultimatum au pouvoir central pour que sa chaîne de télévision puisse réémettre, ultimatum que le pouvoir central, bien évidemment, s'est bien gardé de respecter. Ceci dit en passant, il aurait été bien étonnant que le pouvoir central accepte de se soumettre aux imprécations d'un maire, d'opposition qui plus est.  La date de l'ultimatum passée (le 13 janvier), la réponse politique d'Andry TGV fut l'inauguration d'une « place de la démocratie », aussitôt renommée par le pouvoir en place « Place de l'opposition ». Enfin, dernier épisode en date, VIVA télévision a tenté de réémettre ce samedi, sans autorisation, et le pouvoir central a immédiatement procédé au démontage du matériel de diffusion, ainsi qu'à sa confiscation.


Mais quelle mouche a donc piqué Andry TGV ? Il est absolument évident qu'Andry Rajoelina a d'importantes ambitions politiques. Cependant, son jeune âge l'empêche, selon la législation actuelle, de devenir président lors des prochaines élections présidentielles en 2012. Sans parler du fait qu'il est stratégiquement suicidaire de s'opposer aussi violement au pouvoir plus de 3 ans avant la prochaine échéance politique majeure.

Pour mieux comprendre la situation, il faut mentionner qu'en décembre, Andry Rajoelina a remanié son équipe à la mairie, pour y introduire des ténors de la politique malgache : Serge Radert, ancien ministre de l'Industrie, puis Ny Hasina Andriamanjato, ancien ministre  de la télécommunication. Une nouvelle plateforme d'opposition est en train de se créer, autour d'Andry TGV, Ny Hasina Andriamanjato, et Rolland Ratsiraka. Andry TGV est-il piloté par Ny Hasina Andriamanjato ?


Autre manœuvre de l'Etat Central, c'est maintenant officiellement la commune urbaine d'Ivato (qui rassemble les deux communes d'Ivato aéroport et d'Ivato Firaisana) et non plus la capitale qui sera hôte du Sommet des Chefs d'Etats Africains en 2009. L'ensemble des améliorations des infrastructures échappera donc à la capitale Antananarivo. Enfin, une autre menace planerait sur Andry TGV : Sa destitution et la mise en place d'une autorité de tutelle pour la gestion de la mairie via un « PDS » (Président de Délégation Spéciale), comme à Nosy Be, Sainte-Marie ou Fort Dauphin. La démarche est courue d'avance : Foyers de tensions, bandes de casseurs, manifestations politiques « incontrôlées » tournant à l'émeute... Une sorte d'Etat d'Urgence est décrété, la destitution du maire est déclarée, et un homme du pouvoir prend les rênes de la mairie.


Lorsqu'on fait le parallèle avec les élections de 2001, les situations sont singulièrement semblables : Le maire de la capitale en opposition avec le pouvoir central de plus en plus isolé. Semblables mais non identiques.

D'une part Andry TGV n'a pas la puissance économique qu'avait alors Marc Ravalomanana, d'autre part le pouvoir central n'est pas aussi usé et isolé que ne l'était le pouvoir de Didier Ratsiraka en 2001. Enfin, le président actuel a tout de même un certain nombre de réalisations à son actif, et certaines régions de Madagascar lui sont réellement reconnaissantes (Toamasina, Nosy Be...).


Ces prochains mois risques d'être agités. Il semblerait que certains soient déterminés à reprendre le pouvoir. Et à moins d'une extrême finesse de jeu,  Andry Rajoelina semble déjà être le grand perdant de ce jeu de massacre annoncé.

Publié dans Politique

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kisifi 26/01/2009 13:14

Andry Rajoelina est loin d'être seul dans sa barque. Il peut d'abord compter sur le soutien de tous ceux qui se sentent dupés par Ravalomana, ce qui représente du monde! Mais surtout il a derriere lui la hierarchie catholique, et ça c'est du lourd, l'eglise catholique est très puissante à Mada. Les protestants sont loin d'avoir le même réseau d'influence parmi les élites (un symptome  frappant : je connais des protestants qui ont converti leur gamin au catholicisme pour qu'il puisse rentrer dans un des "bons" lycées)Dans la situation actuelle il est audacieux de faire des pronostics, mais il me semble impossible que le Tim se sorte intact de ce bordel, Ravalomana va devoir lacher du lest en acceptant par exemple un remaniement ministériel incluant des membres de l'opposition. Ce qui serait une catastrophe pour Tiko, fini les petits arrangements fonciers, douaniers ou fiscaux!Bien sur d'un point de vue légal il serait logique que le gouvernement  fasse emprisonner les fauteurs de troubles, sauf que j'ai des gros doutes sur la fidélité des forces de l'ordre au régime actuel, Ravalomana n'ayant jamais rien fait pour remercier les militaires et policiers qui l'ont soutenus en 2002.

Madagascan 26/01/2009 15:23


Commentaire prémonitoire sur la situation chaude du moment!!
Excellente analyse en particulier à propos du peu de soutien des militaires. Ce qui se passe en ce moment même à Tanà le prouve: Les militaires laissent les pro-TGV faire ce qu'ils veulent, c'est à
dire n'importe quoi.
Madagascar va donc probablement se retrouver avec un président qui n'a même pas les apparences d'un légaliste, et il traîne avec lui toute la vieille garde AREMiste et Zafiste, que du bon, quoi!


Rajiosy 19/01/2009 22:25

"un homme du pouvoir prend les rennes de la mairie." : les rênes sinon on va dire que c'est le père Noël. vous soulignez fort justement un point bizarre de la démarche de TGV qui se résume à la question "et après ?".

Madagascan 20/01/2009 11:25


Les rênes, bien sûr! J'ai corrigé mon texte.
Personnellement, je ne comprend pas sa stratégie. Ma question, c'est plutôt "pourquoi". Mais effectivement, maintenant que le processus est engagé (mais quel processus au fait?), la question
naturelle est en effet "et après?".
Le malheur, c'est que je ne vois pas de porte de sortie honorable. Il est allé trop loin pour revenir en arrière sans conséquence. J'ai comme l'impression que certains se sont bien moqués de TGV et
l'on envoyé au front tout seul.