Les erreurs de Rajoelina

Publié le par Madagascan

Nous apprenons ce jour que le maire d'Antananarivo va déposer une demande auprès de la Haute Cour Constitutionnelle (HCC), le sénat, et l'assemble, pour destituer Ravalomanana au titre d'un article de la constitution, qui prévoit la déchéance du Président pour haute trahison.

Andry Rajoelina annonce également qu'il va entamer un tour de Madagascar pour compter ses partisans.

Enfin, il annonce que les membres de son futur gouvernement seront annoncés bientôt.

 

Sur le site Madanight.com, l'intervenant NJ faisait ce matin une intervention très intéressante. Il disait que Rajoelina avait fait trop d'erreurs (je garde ses termes volontairement) :

 

  1. 1) Laisser brûler RNM, c'est un patrimoine national payé par le contribuable. On a perdu par ailleurs des archives documentaires jusqu'aux années 1936.
  2. 2) Laisser faire les pillages des magasins "non-Tiko", ça a montré aux opérateurs nationaux et étrangers qu'il n'a pas trop l'intention de leur laisser leurs cannes à pêche.
  3. 3) Laisser faire les pillages des habitations et des petits commerces, le vahoaka n'apprécie pas. Les riches oui, le bon peuple non.
  4. 4) Victimiser en boucle un seul mort et ignorer totalement la demi-centaine de morts dans les pillages.
  5. 5) Ne pas avoir prévu que Ravalo cède à ses exigences : restitution émetteurs viva, libération des étudiants.
  6. 6) Parler de devenir PM, donner l'impression au peuple qu'au fond il ne voulait qu'un seza. En faire une condition du dialogue.
  7. 7) S'associer aux politocards de la politique qui n'ont plus beaucoup de crédibilité aux yeux de peuple et particulièrement de Tanà (Zafy & co.)
  8. 8) S'autoproclamer chef du pays sans aucune légalité ni légitimité.
  9. 9) Pisser royalement sur les institutions internationales (UA, diplomates...)
  10. 10) Ne pas avoir prévu assez de trésorerie pour payer les figurants des manifestations (c'est une des raisons m'a-t-on dit des faibles affluences...)

 

 

Effectivement, Rajoelina a commis de nombreuses erreurs, des erreurs de communication, et probablement des erreurs stratégiques également.

 

Très étonnant de la part d'une personne qui est censé maîtriser la communication et son image (ne possède-t-il pas deux sociétés de communication).

Il a cumulé les erreurs de comm', s'est laissé embarqué, dans les interviews entre autres, par des questions simples pourtant.

 

Ceci dit, si on reprend l'équation : il a affirmé vouloir la démocratie et la liberté de parole. Il a également affirmé que Ravalomanana ne permet pas la démocratie ni la liberté de parole (constat qu'à peu près tout le monde partage).

Vu la façon dont les instances dirigeantes sont verrouillées par le Président (ministères évidemment, mais également l'assemblée, les régions, les magistrats, la HCC, et même les mairies pour lesquelles on n'hésite pas à instaurer un régime spécial -les PDS- quand c'est nécessaire, les chefs de district...), la réponse à l'équation est donc d'écarter Ravalomanana et de s'assurer que tous les instruments de la démocratie soient réellement utilisés, en particulier donner la voix à l'opposition (et éventuellement des postes si les électeurs le décident).

Comment s'assurer que la démocratie puisse réellement être exercée?

 

C'est un paradoxe de dire que la démocratie ne peut être instaurée que par des moyens qui n'ont rien de démocratiques. Je pense que c'est pour essayer de recoller ce hiatus que Rajoelina essaye de passer par la voie « constitutionnelle » (motion à l'assemblée). Mais c'est trop tard, le mal est fait, Rajoelina s'est tour à tour présenté comme premier ministre, puis « dirigeant » de Madagascar, sans qu'il n'ait prouvé qu'effectivement, il est de fait à la tête du pays.

 

Le discours de Rajoelina aurait pu être gagnant dans le cadre d'un processus électoral. Il aurait pu fédérer une opposition forte autour du concept du "seza partagé" (notion malgachisée de la démocratie). Mais, mais, 2012 était bien loin, et certain avaient déjà trop d'appétit pour attendre encore 3 ans.

 

Résultat, nous avons un opposant qui se déclare dirigeant du pays, mais sans avoir assis sa légitimité (par les urnes ou par la force, peu importe), et un gouvernement qui ne réagit que très mollement.

 

J'ai du mal à croire que la stratégie du pourrissement ait été réellement voulue au départ (La police qui n'intervient pas contre les pillages, le Président qui laisse Rajoelina tranquillement annoncer qu'il renverse le président...), mais force est de constater que cette stratégie probablement « subie » initialement (par une rupture de la chaîne de commandement pas si aux ordres du Président que cela) fait doucement son œuvre. Le pays ne vas pas attendre indéfiniment que Rajoelina prenne le pouvoir, les gens ont besoin de vivre, de travailler, de commercer, de se déplacer.

 

Comment cette affaire finira-t-elle ? La « révolution orange » de Rajoelina pourra-t-elle s'achever sans affrontement réel ? Et au final, qu'aura gagné le peuple de cette bataille?

Publié dans Politique

Commenter cet article

Brice SSD 06/02/2009 07:18

Le peuple voulait un Robin des Bois moderne, il n'a trouvé qu'un Robin trépide.

Maarion 04/02/2009 11:11

J'aime beaucoup vos analyses sans parti pris.Dommage que la question qui me travaille plus arrive à la dernière ligne... !

AdyGasy-SystemD 03/02/2009 12:14

Après les pillages, le débat public s'étend aux 4 coins de l'ile: "Dago" reste un "cas de figure inédit"en Afrique!