Madagascar : Pourquoi cette crise ?

Publié le par Madagascan

Voilà maintenant plus de deux mois que Madagascar vit une crise politique majeure. Malheureusement pour la Grande Île, je ne peux écrire « crise sans précédent », car des précédents, il y en a eu, d'encore plus longs, violents et meurtriers.


Quels sont les déclencheurs de cette crise ?


1. Un président, qui, même si l'on peut s'interroger sur les innombrables irrégularités, moyens de pression sur les votants, et autres verrouillages politiques de tous les niveaux des administrations territoriales, a été démocratiquement élu, mais qui non seulement n'a pas mis des affaires personnelles de coté, mais a activement œuvré à les développer. Une espèce de « gentleman agreement » existait jusqu'à présent entre les minorités détenant le pouvoir économique et les présidents : On ne touche pas au business du Président, et le Président ne touche pas à nos business. Cette espèce d'accord plus ou moins tacite a volé en éclats avec Ravalomanana, qui pourtant dès son arrivée au pouvoir, avait renouvelé cette « garantie » au gotha économique malgache. Les secteurs affectés sont, entre autres, la minoterie, la vanille, l'exportation de letchis, l'hôtellerie d'affaires et de loisirs, les travaux publics, l'importation de riz...
2. Encore le Président, à qui l'on reproche à la fois de vendre les terres malgaches aux étrangers (Daewoo), d'avoir acheté, pratiquement sur un coup de tête, un avion présidentiel pour 60 millions de dollars alors que le pays connait des périodes difficiles, et de maintenir le prix des produits de première nécessité élevés, puisque son entreprise, TIKO, possède un quasi-monopole sur nombre de ces produits de première nécessite (tel que l'huile).
3. Une classe politique,  qui a particulièrement mal vécu les emprisonnements, les mises en exil de fait (interdiction d'entrée sur le territoire de personnalités politiques ayant fui le nouveau régime Ravalomanana en 2002) la mise à mal de la liberté d'expression et de la liberté de rassemblement politique. Dans cette classe politique, le maire de la capitale Andry Rajoelina joue le rôle de « porte-parole » (certains diront de marionnette) de cette classe politique désespérée. En effet, depuis son accession à la mairie d'Antananarivo, Andry Rajoelina n'a cessé de prendre des coups (et des coups bas) politiques (coupure de l'électricité de la mairie, gestion des gares routières retirée, livraison de gas-oil bloqué pour l'entreprise de ramassage des ordures, censure de sa télévision VIVA TV...)
4. Cette même classe politique, qui lorgne sur les gros contrats à venir que l'Etat va signer. Le  pays a connu ces dernières années, des investissements très importants dans le secteur minier (pétrole de Tsimiroro et Belomanga, ilménite de Fort Dauphin, nickel d'Ambatovy). Ces activités vont rapporter à l'Etat de très importants dividendes. Par ailleurs, plusieurs contrats d'envergure sont dans les tuyaux, tant au niveau Télécom que dans les matières premières, sans parler du contrat « avorté » avec Daewoo concernant la concession d'1,2 millions d'hectares pour de la culture de maïs au profit de la Corée du Sud. Même si rien n'est prouvé, il est tout à fait probable que tous ces contrats s'accompagnent d'épaisses enveloppes au profit de facilitateurs bien placés dans les organes de décision. Les sommes qui ont circulé ces deux ou trois dernières années avec les gros contrats déjà signés on certainement aiguisé les appétits de ceux écartés du pouvoir par Ravalomanana.


    Au final, la frustration du peuple de ressentir toujours plus durement les difficultés économiques n'a servi qu'un temps à Andry Rajoelina pour accéder à la mairie dans un premier temps, et ce début d'année pour initier son combat politique contre Marc Ravalomanana.

    Cette frustration du peuple n'a été qu'un paravent qui n'a que maladroitement caché des ambitions à la fois plus personnelles et plus politiques. Ambitions pas forcément portées par Andry Rajoelina tout seul, mais aussi, et peut-être surtout, par toute une arrière-garde de politiciens violemment écartés du gâteau présidentiel.


    Il est donc tout à fait probable que si Andry Rajoelina finit par renverser le pouvoir (hypothèse à ne pas écarter à ce jour), son gouvernement sera constitué de cette arrière-garde de politiciens frustrés par 7 ans de pouvoir sans partage de Ravalomanana. Sauront-ils mettre de coté leurs ambitions personnelles ? On peut en douter, au regard de leurs pratiques passées. Andry Rajoelina, jeune homme politique de 34 ans, aura-t-il la volonté d'imposer une éthique politique ? Et s'il en a réellement la volonté, saura-t-il l'imposer à tous ces grognards de la politique malgache, élevés au système Ratsiraka ?


    Au final, quelle serait la meilleure des alternatives ? Ravalomanana conforté dans son pouvoir, qui terminera son mandat à s'assurer qu'il n'aura pas à affronter d'autres tempêtes politiques d'ici 2012 ? Rajoelina, entouré de toute une classe politique aux intentions à minima imprécises ?

    A moins qu'il n'y ait une troisième voie.  Une autorité de transition, qui œuvrerait à remettre le pays en condition d'élire démocratiquement un nouveau Président, avec des mécanismes démocratiques renforcés, pourquoi pas via la mise en place d'une Quatrième République.

    Qui serait à même de diriger cette entité de transition ? Certainement pas les protagonistes de la crise actuelle. Une mise sous tutelle internationale (façon Kosovo) n'est même pas envisageable. Alors ? Et pourquoi pas l'armée ?

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