26 juin, la tension monte

Publié le par Madagascan

Nous sommes désormais à quelques jours de la célébration de la Fête Nationale malgache.
En ces temps troublés, pouvons-nous encore parler de fête?
D'un coté, les pro-Ravalomanana (qui aiment à se nommer les légalistes) se rassemblent quotidiennement au Magro Ankorondrano, et écoutent religieusement (c'est le cas de le dire, tant ces rassemblements sont ponctués de prières et cantiques) les seconds-couteaux du TIM qui les chauffent avec l'hypothétique retour de Marc Ravalomanana, avec quelques amis mercenaires.
De l'autre, la HAT prend les mesures pour tenter, si le scénario des mercenaires devait se réaliser, en postant des militaires sur les côtes, et en diffusant toutes sortes d'interdictions, depuis la vente de pétards en passant par l'interdiction de porter des tenus militaires (il faudra dire à la ministre de la population de la HAT d'arrêter de mettre des vareuses militaires, elle pourrait se faire embêter pour cela).

La guerre de la communication bat son plein, les radicaux du GTT ont fait parler d'eux en investissant de force l'ambassade de Madagascar à Paris, et en envoyant à l'hopital 3 militaires du CAPSAT. En réaction à ce "fait de guerre" plus symbolique qu'autre chose, le site quasi-officiel de la HAT, madagate.com, s'est alors permis de diffuser les photos des principaux membres de l'aile dure du GTT.
Sur certains forums, des pro-Ravalomanana appellent à prendre les armes, ou plutôt demandent à ce qu'on leur fournisse des armes (voir le commentaire daté du 19 juin à 3:06 sur http://njnb.wordpress.com/2009/06/19/y-a-le-feu-au-lakana/).

On en est même venu à confisquer au peuple (toujours lui) le drapeau national. Alors que la HAT enjoint tous les malgaches à déployer le drapeau pour la Fête de l'Indépendance, et distribue la banière blanc-vert-rouge, les pro-Ravalomanana appellent à la "désobéissance civile" et demandent à ce que les même malgaches ne sortent pas les drapeaux cette année.

Les négociations menées par le groupe de contact international (qui effectue un travail à la fois très difficile et extrèmement ingrat vu les sournoiseries qui se glissent à l'encontre de Tiébilé Dramé, le chef du groupe de contact) sont au point mort. Jusqu'à présent, tout allait bien. D'un coté, les politiciens négocient la meilleure sortie de crise *pour eux* (amnistie, possibilité de se présenter aux prochaines élections, seza dans les futures autorités de la transition...), et de l'autre, ils envoient leurs seconds couteaux aller chauffer les foules avec des promesses qu'eux-même savent impossible. Les militants (de tout bord) sont manipulés par leurs chefs. Bref, ils faisaient de la politique politicienne: Négociations en coulisse, et démagogie pour le peuple.
Mais patatras, quand il a sagit de parler du retour de Ravalomanana, crispation, figeage, blocage.

Par un étrange processus intellectuel, les pro-Ravalomanana ne démordent pas d'un retour de "Dada" (sobriquet donné à Marc Ravalomanana par ses partisans) avant le 26 Juin. Comme si le 26 juin était la date de l'apocalypse, et Ravalomanana le sauveur. Connaissant le goût des malgaches pour le fait religieux, l'analogie est à mon avis pas si éloignée de la vérité que cela.

Pour être franc, le retour de Ravalomanana, en tout cas d'ici le 26 juin, me semble assez hypothétique. Pour preuve, la façon dont Ravalomanana considère la réunion de la SADC du 20 juin comme sa planche de salut. Je cite "J'applaudis la décision de la SADC de convoquer un sommet extraordinaire samedi 20 juin dans le but de résoudre la crise à Madagascar". Il espère en effet que la SADC, décide, comme cela avait été le cas pour les Comores, une opération militaire. Or, l'Europe et les Etats-Unis font et feront pression pour que l'option militaire reste au placard.

Les pro-Ravalomanana risquent donc d'être plus que décus par les résultats. J'ai du mal à imaginer que Ravalomanana puisse penser qu'une opération militaire soit montée en 5 jours par la SADC. Je pense donc que Ravalomanana ment donc sciemment à ses partisans, pour faire pression.

Comme d'habitude, le peuple est l'instrument de l'égo et des ambitions des politiques. Le peuple est encore et toujours, le dindon de la farce. Les politiques sont même prêts à envoyer le peuple à l'abattoir, a stigmatiser les différences, à monter les gens les uns contre les autres. Est-ce cela, vouloir le bien de la nation. "On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs" avaient dit les pro-HAT pour justifier les manifestations sanglantes. Les pro-Ravalomanana sont désormais prêts à reprendre l'argument à leur compte, car c'est clair, la semaine sera chaude.

Publié dans Politique

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