Les pro-ravalomanana n'ont pas eu de Fête des pères

Publié le par Madagascan

Comme annoncé dans mon précédent billet, la venue de Marc Ravalomanana avant le 26 juin, avec ou sans forces armées a fait "pssshhh" (comme dirait Chirac).
"Dada" avait laissé croire que la SADC allait envoyer les troupes sur Madagascar dès la fin du Sommet Extraordinaire du 20 juin. Le slogan de Ravalomanana en 2002 était "croyez seulement". Visiblement, ses partisans, encore une fois, l'ont cru.
On peut affirmer sans crainte que les pro-Ravalomanana sont quelques peu dépités par les décisions de la SADC. Les plus enragés s'accrochent malgré tout à ce qu'ils peuvent, c'est à dire d'une part l'arrivée d'un nouveau médiateur (le mozambicain Joaquim Chissano), qui selon les pro-Ravalomanana, serait plus neutre, certains disent même qu'il leur serait plus favorable, et qu'il serait moins francophile (l'homme a cependant effectué ses études de médecine à Paris), et d'autre part, l'annonce que les négociations se feraient désormais directement avec les interessés, c'est à dire, dans l'ordre chronologique d'apparition, Zafy, Ratsiraka, Ravalomanana, et Rajoelina.

A ce propos, il est intéressant de voir à quel point Ravalomanana affectionne le support de dirigeants pour le moins troubles. Du Roi du Zwaziland Mswati III (grand amateur de jeunes vierges, et de grosses voitures), en passant par le zimbabwéen Robert Mugabe, voire Jacob Zuma, le nouvel homme fort de l'Afrique du Sud, au passé assez troublé par entre autres une affaire de pot-de-vin avec le fabriquant d'armes Thint. On comprend mieux pourquoi Jaoquim Chissano ait les faveurs des "légalistes": Ancien président du Mozambique un temps à la tête d'un parti unique, l'ex-marxiste Chissano a largement été réprimandé par les organisations internationales pour de nombreux cas de corruption à tous les niveaux de l'État au cours de son mandat. Le doute subsiste encore sur son arrivée au pouvoir suprême en 1986, suite au décès (accident ou assassinat?) du président Samora Machel. Force est de constater que depuis sa décision de ne pas de re-présenter aux élections présidentielles de 2004, il a acquis une nouvelle respectabilité au niveau international.

L'espoir renaît donc que Ravalomanana soit de retour sur les terres malgaches. A ce propos, Les Nouvelles relaient cet espoir dans un article intitulé "Dada à la prochaine négociation". Sauf que, si "Dada" revient, "Deba" également... Aie.

Le plus probable en vérité, c'est que les prochaines négociations aient lieu en dehors de Madagascar, dans un pays membre de la SADC.

La reprise des négociations sera donc une nouvelle douche froide pour les pro-Ravalomanana, qui devront encore attendre le retour de "Papa".

Il sera interessant de voir, comment, à distance, les négociations pourront avancer. Tout claquement de porte d'un des quatre protagonistes sera plus long à rattraper. Aujourd'hui, quand un TIM ou un HAT claque la porte des négociations, les négociateurs peuvent continuer à avancer avec d'autres interlocuteurs de la même mouvance. Les gestes d'humeur (ou les effets de manche, pour être plus cynique) sont noyés dans la masse.
Demain, quand depuis la ville étrangère où se dérouleront les négociations, Ravalomanana, Zafy, Ratsiraka ou Rajoelina claqueront la porte, il n'y aura personne pour continuer le débat à leur place.
Comment le négociateur Chissano arrivera-t-il à les garder sur place assez longtemps? Rajoelina prendra-t-il le risque de laisser le pays sans Président (fût-il inconstitutionnel)? Quels arguments Chissano arrivera-t-il à trouver pour forcer les quatres à trouver une sortie honorable pour tous?

Les enjeux de chacun:
- Ravalomanana, reprendre le pouvoir
- Rajoelina, se maintenir au pouvoir
- Ratsiraka, que l'AREMA reprenne le lead politique au niveau national, et donc écraser le TIM (je ne pense pas que Ratsiraka envisage de re-devenir Président)
- Zafy, comme Ratsiraka, mais pour le CRN

Pour finir, où se dérouleront les négociations?
A priori dans un pays de la SADC.
L'Angola? pays en perdition. Le Botswana? pourquoi pas. Le Congo RDC? Trop proche de la sphère francophone. Le Lesotho? Micro-Etat Sud Africain, trop proche de la mouvance Ravalomanana. Malawi? pourquoi pas. Île Maurice? J'y ai pensé un moment, mais trop proche géographiquement, certains auraient peur que Ratsiraka ou Ravalomanana, si proches de Madagascar ne décident de débarquer sur la grande île. Mozambique, Chissano serait chez lui, est-ce possible? Namibie? Ce grand désert est trop proche de l'Afrique du Sud elle même trop proche de Ravalomanana. Les Seychelles? Pourquoi pas? L'Afrique du Sud, non, trop proche de Ravalomanana. Swaziland, hors de question, trop proche de Ravalomanana. Tanzanie, je pense que Ravalomanana le voit comme un allié, puisqu'il s'était entretenu avec le président tanzanien le 20 juin dernier pour pousser à l'intervention militaire de la SADC. La Zambie, Pourquoi pas? Le Zimbabwe, impossible, trop proche de Ravalomanana.

Nous avons donc Botswana, Malawi, Seychelles, Zambie. Nous verrons bien.

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