Un fait divers dont personne ne parlera

Publié le par Madagascan

C’est juste un fait divers. Un non-évènement dont personne ne parlera.

Et pourtant.

A Nosy Be, dans la nuit de dimanche à lundi 17 août 2009, vers 3h du matin, un gardien de nuit a sauvagement été assassiné durant son service.

Ses assassins lui ont asséné un coup de hache ou de machette au crâne et l’arcade sourcilière, puis l’on achevé en écrasant sa tête avec un lourd bloc de pierre.

 Ce père de famille laisse une épouse et une fille éplorées. Vivant à Ambatoloaka, mais originaire de Manakara, cet homme sans histoire a fait l’erreur d’accepter de travailler comme gardien de nuit dans une fabrique de parpaings, située au Cratère. Cela ne faisait guère plus d’une semaine qu’il travaillait là-bas. Le mobile du crime semble évident : Il aurait gêné des voleurs, qui s’en seraient pris à lui pour éliminer un gardien un peu trop sourcilleux.

 Pourquoi je parle aujourd’hui de ce fait divers, alors que régulièrement, à Nosy Be, des meurtres sont perpétrés sans que personne n’en parle ? Parce que je connaissais cet homme. Parce que sa fille a joué avec ma fille.

 Depuis deux ou trois ans, Nosy Be devient de plus en plus violente. Pourquoi ? Parce que, d’une part, une partie de la population n’a plus rien à perdre. Sans travail (Sirama : fermée, pêcheries : débauche ; hotels : en sommeil), certaines personnes se sont tournées vers des activités crapuleuses.

D’autre part, Nosy Be continue à accueillir des flux de migrants venant de tout Madagascar, à la recherche d’un travail ou d’un meilleur travail. Or ces migrants ne trouvent plus de travail à Nosy Be. Isolés, loin des figures de l’autorité de leurs régions d’origine, ces personnes n’ont plus de pression sociale et font des choses qu’ils ne se permettraient pas de faire dans leur village d’origine.  

Enfin, de véritables ghettos se sont crées, principalement à Dzamandzar et au lieu-dit « Dar-es-Salaam » à l’entrée d’Ambatoloaka. Ces lieux deviennent des zones de tous les trafics.

 Il ya a un peu moins d’un an, les autorités avaient mené une opération d’envergure pour faire la chasse au tourisme sexuel. Si sur le papier, l’opération partait d’une bonne volonté, il serait bon que les autorités mettent la même énergie à juguler la montée de violence à Nosy Be.

 Je tenais simplement à rendre hommage à cet homme sans histoire, je voulais que cet anonyme ne nous quitte pas dans l’indifférence totale, je souhaitais partager publiquement ma douleur, même si sa femme et sa fille savent déjà que je pense à eux.

Publié dans Société

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