Ravalomanana et Ratsiraka font front commun, l’armée menace

Publié le par Madagascan

Les négociations dites de Maputo II, qui doivent coucher sur le papier la répartition des 470 postes au sein des institutions de la transition « inclusive » arrachée par le groupe de contact international mené par Joaquim Chissano, prennent plus de temps que prévu.

Et pour cause.

Andry Rajoelina fait de sa nomination à la présidence de la transition une condition sine qua non des négociations, et menace de quitter Maputo si ce point n’est pas validé. La mouvance Ravalomanana, elle, répète à l’envie qu’il est impensable pour eux qu’Andry Rajoelina prenne la présidence de la transition, arguant que cela serait un très mauvais message d’entériner le fait que l’on puisse accéder à la fonction suprême en dehors d’un processus électoral.

L’argument se tient, mais notons toutefois que les conditions d’accès au pouvoir du même Ravalomanana en 2002 furent tout de même houleuses, et que son arrivée à la présidence ne s’est pas fait exclusivement par les urnes, mais également par la rue et par les armes. Bref.

Ravalomanana a malgré tout obtenu un soutien assez inattendu, celui de Didier Ratsiraka. Une alliance Ratsiraka-Ravalomanana, voilà une affiche impensable jusque là. Souvenons-nous que la goutte qui a fait déborder le vase et qui a mené à la prise de pouvoir par Andry Rajoelina fut une interview de 45 minutes de Didier Ratsiraka, diffusée par Viva, la chaîne télévisée privée appartenant à Rajoelina, interview qui amena le gouvernement Ravalomanana d’interdire de diffusion Viva pour troubles à l’ordre public. On notera également que la mouvance Ravalomanana avait largement laissé entendre que Didier Ratsiraka était derrière la prise du pouvoir par Andry Rajoelina. Enfin, n’oublions pas que 6 mois de grave crise avait secoué Madagascar en 2002, opposant Ravalomanana et Ratsiraka, avec des exactions qui n’ont rien à voir avec la crise actuelle (destruction des voies de communication, tortures, assassinats en masse…), et que Ratsiraka, lâché par l’armée, avait du fuir son pays.

Les « frères ennemis » ont donc fait front commun. Certains susurrent perfidement que cette alliance auraient des relents de billets verts. Ravalomanana a encore des ressources, et Ratsiraka serait un peu gêné. A moins qu’effectivement, Ratsiraka ait appuyé la prise du pouvoir par Rajoelina, et que Rajoelina l’ait « déçu » par la suite. On ne saura vraisemblablement jamais la raison ou les raisons réelles de cette alliance.

Zafy, qui a longtemps plutôt penché vers le front Ratsiraka-Ravalomanana, aurait changé de « camp » et accepterait la présidence Rajoelina. Peut-être au prix d’une primature aux couleurs CRN. D’après madagate et l’Express, Ratsiraka aurait finalement cédé également et accepterait la présidence Rajoelina. Sobika.com indique ce matin, que dans la nuit, les délégations Rajoelina et Ravalomanana se seraient rencontrées en tête-à-tête, ce qui pourrait étayer le fait que Ravalomanana soit désormais isolé dans sa position anti-Rajoelina.

Bref, les 4 mouvances négocient âprement. L’intérêt de la Nation est-il réellement au centre de leurs préoccupations ? A lire la presse, on a du mal à penser que tous ces conciliabules aient toujours pour objectif le bien du peuple. Malgré tout, il semblerait que tout le monde veuille aboutir. Cette volonté, c’est déjà un signe d’une volonté de faire cesser la crise, ce qui va dans le sens du peuple. Rendons-leur effectivement hommage, car malgré leurs luttes partisanes, les alliances, mésalliances et désalliances, au final, chacun continue à négocier, et c’est cela qui comptera au bout du compte.

Car la Nation malgache est menacée de nouveau. De l’intérieur. Par une partie des militaires, qui menacent de prendre le pouvoir si Maputo n’aboutit pas. De nombreuses réunions de militaires, depuis Maputo I, prépareraient cette hypothèse, et Tovonanahary Rabetsitonta, du parti Grad Iloafo, propose un directoire militaire qui ne dit pas son nom. Sur ce blog, il y a plusieurs mois, j’avais évoqué l’hypothèse d’une prise de pouvoir par les militaires pour faire cesser la crise. Je l’avais évoqué à l’époque où Rajoelina n’avait pas encore instauré la HAT, à une époque où la collusion entre une partie des militaires et la mouvance Rajoelina n’était pas encore identifiée, et à une époque où les médiations internationales ne menaient à rien.

Or, la médiation actuelle a déjà porté ses premiers fruits, les chartes adoptées lors de Maputo I. Cette médiation a l’appui de toute la communauté internationale, appui indispensable pour débloquer la situation financière catastrophique de l’Etat malgache suite à l’arrêt des aides à Madagascar. Par ailleurs, on comprend bien que les militaires ont depuis obtenu d’importants avantages au sein de la HAT, et qu’ils entendent bien protéger leurs « acquis ».  Je pense donc qu’aujourd’hui, il n’est pas opportun que les militaires gèrent la transition, car ils se sont trop impliqués politiquement dans la crise actuelle. Force est de constater que je m’étais trompé sur la capacité de l’armée à mener le pays vers un état de droit apaisé sans profiter de leur pouvoir.

 Comme pour Maputo I, on cherchera évidemment à identifier les gagnants et les perdants, en fonction du comptage des postes obtenus (et leurs valeurs respectives) par les différentes mouvances au sein des institutions de la transition. Je reprendrai l’allégorie de Ndimby sur la Tribune : Trois ouvriers sur un chantier. On leur demande ce qu’ils font. Le premier répond qu’il taille des pierres, le second dit qu’il monte un mur, et le troisième affirme qu’il construit une cathédrale. Compter les « seza » (les fauteuils), c’est comme dire que l’on taille les pierres. Non, ce qui compte, c’est que la cathédrale soit construite. Ce qui importe, ce n’est pas que les ouvriers soient pro-Ravalomanana, pro-Rajoelina, pro-Ratsiraka, ou pro-Zafy, mais bien que l’édifice soit construit par les artisans les plus habiles et qu’ils soient soudés par l’objectif commun

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zandry 29/08/2009 12:49

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