Responsabilité parentale

Publié le par Madagascan

Il y a quelques jours, une information m'a fait bondir: L'abandon d'enfants n'est plus accepté. Il est envisagé de chercher les pères des enfants non reconnus, quitte à procéder à un test d'ADN afin d'accompagner la loi existante sur la paternité qui stipule que l'auteur d'un enfant a l'obligation de le nourrir.

Et tout cela annoncé lors des voeux présidentiels à Iavoloha, par le Président lui-même!
Mais quelle mouche l'a donc piqué??

Reprenons les faits:
Un nombre très important d'enfants naissent de père inconnu, et son élevés dans un "foyer monoparental" (comprendre: la mère élève seule les enfants). Le phénomène étant ancien et bien ancré dans le quotidien (je n'ose pas dire la culture) malgache, il est très fréquent de trouver des familles exclusivement féminines: La grand-mère (séparée), la mère (célibataire), les enfants.
Les enfants n'étant pas nés dans les choux (je sais, je risque de faire tomber un grave tabou en disant cela), il existe forcément un père quelque part. JJ Goldman avait beau chanter il y a 20 ans que les femmes modernes faisaient des bébés toutes seules, la science continue obstinément à lui donner tord. Donc, père il y a, systématiquement. Oui mais voilà, ce père là, il n'assume pas. Ce père là préfère aller essaimer. De préférence des filles vierges (car "dévierger" accroît sa puissance sexuelle, pense-t-il). Et de toutes façons, ce père, comment pourrait-il assumer la dizaine d'enfants qu'il a laissé en cadeau à autant de filles?
Les lois sur la paternité existent, mais elles sont inopérantes: Comment prouver la paternité?

D'où le "trait de génie" de Marc Ravalomanana: Rendre obligatoire la mention du père sur l'acte de naissance, quitte à déclencher une enquête (policière?) de recherche en paternité, tests ADN à l'appui.

Quelques commentaires personnels:
- J'ai l'impression que cette déclaration repose sur un fond de religion et/ou de morale chrétienne, alors que la séparation du Clergé et de l'Etat est inscrite dans la loi.

- Cela me rappelle les déclarations du nouveau Président Ravalomanana en 2002 qui voulait intégrer une puce repérable par satellite dans chaque zébu pour lutter contre le vol de bovidés. Une solution hi-tech très coûteuse pour un pays aux moyens financiers limités et très en retard concernant les nouvelles technologies. Evidemment le projet est resté dans les cartons. Non pas que cela coûte trop cher. Non pas parce que la technologie n'est pas au point. Non pas parce que le pays n'a pas les moyens techniques de traiter l'information, mais tout simplement parce que Madagascar n'a pas assez de vétérinaires... Back to basics... Je pressens le même type de frein pour ce projet de loi: La police n'aura pas les moyens humains, matériels et financiers de mener les enquêtes. Je ne parle même pas des professionnels de la santé pour les prélèvements, ni même des labos d'analyse. Je ne suis même pas sûr que les tribunaux sauraient gérer l'afflux de plaintes (car j'imagine que pour lancer une enquête, il faudra une plainte, que comme cela relèvera probablement du pénal, il faudra saisir le tribunal...). Et oui, dans un pays où il faut payer le taxi (ou mettre de l'essence dans la 4L du commissariat pour ceux qui ont la chance d'avoir un véhicule en état de marche) aux enquêteurs pour qu'ils puissent faire leur travail, je vois mal comment ils pourraient aller traquer les serial-baiseurs sans aide financière/matérielle.

- Je crains que l'annonce, une fois de plus, ai été faite sans concertation préalable avec les acteurs principaux, à savoir le ministère de la santé. A ce propos, le Dr Jean-Louis Robinson, ministre de la santé, indique qu'"à l'heure actuelle, nous nous penchons sur la réalisation de cette initiative" (comprendre: L'annonce a été faite sans que nous ayons pu valider la faisabilité). Et il ajoute "Comme nous avons déjà une loi sur la paternité, le plus important c'est de voir les moyens permettant son application rapide, car cela laisse à désirer, notamment au niveau des zones enclavées".  Soit en langage moins diplomatique: On n'a ni les sous ni les structures (en dehors de Tanà, car tout le monde sait que c'est tout Madagascar qui est enclavé) pour mettre en oeuvre la folle annonce du Prézidà.
Et voilà comment un ministre procède à un enterrement de première classe, sans fleurs ni couronnes.


http://www.lexpressmada.com/index.php?p=display&id=4228

Publié dans Société

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annie overmeer 05/03/2008 05:44

en ce qui concerne les vieux français qui vont à mada coucher avec les très jeunes malgaches et qui font des enfants, comment faire pour la paternité, surtout que ces vieux ne vont à mada que pour coucher et reparte après,  comment pouvez vous les retrouver

Madagascan 12/01/2007 15:56

Ou du coté des sociétés importatrices de produits pharmaceutiques et médicaments? Je n'étais pas allé jusqu'à ce type de réflexion. En tout cas oui, il y a certainement des solutions moins onéreuses!!

Tagila 11/01/2007 14:09

Meilleurs voeux Madagascan
Le Président est beaucoup plus proche de l'homme intelligent que de l'imbécile heureux.
Il est temps que les pères prennent leur responsabilité, c'est indéniable. Mais il existe d'autres solutions moins onéreuses.
Peut-être l'enjeu est-il ailleurs. Le marché  du test de paternité est peut-être une possibilité. ... pour les entreprises "présidentielles" ou autres bien sûr.
Bonne journée