Ravalomanana ne se définit pas comme démocrate

Publié le par Madagascan

Marc Ravalomanana s'est rendu à l'Île Maurice pour la célébration de la fête nationale mauricienne. C'est aussi l'occasion de réchauffer officiellement les relations diplomatiques, quelques peu rafraîchies depuis l'incident Galana.

Au cours d'un point presse avec les journalistes mauriciens, ces derniers l'on questionné sur l'état de la démocratie à Madagascar.

La réponse de Marc Ravalomanana est édifiante: “la Suisse a sa notion de démocratie et Madagascar a la sienne. Nos circonstances sont différentes. Je gère mon pays, comme je gère une entreprise.”

Marc Ravalomanana évoque donc une notion de "niveau démocratique acceptable" selon les pays. Madagascar n'a donc pas besoin de la même qualité démocratique que la Suisse. Réflexion somme toute logique quand on connaît sa piètre opinion (en partie justifiée...) qu'il a de la classe politique en général, et de l'opposition en particulier. Comment gérer démocratiquement un pays quand les politiciens ne respectent pas les règles démocratiques? En y réfléchissant, la question mérite d'être posée.

A la question suivante, qui était de savoir si une entreprise se gérait démocratiquement (et bien sûr que non, une entreprise n'est pas démocratique, elle repose forcément sur un modèle autocratique), Ravalomanana a répondu “dans une entreprise c’est la réussite qui compte ; pareil pour un pays. Le MAP croit dans la bonne gouvernance. Bonne veut dire bonne”.

C'est donc désormais très clair, Ravalomanana ne dirige pas Madagascar selon des critères de démocratie, mais d'autocratie. Sa justification du déni de démocratie, c'est la recherche de l'efficacité, des résultats et de la réussite. Ravalomanana prend donc la posture du "dictateur éclairé" oeuvrant au bonheur de son peuple.

Personnellement, je pense qu'il est sincère dans sa démarche. Je pense que Ravalomanana veut que son pays se développe et entre dans le concert des pays développés. Je pense que Ravalomanana croit dans la valeur de son peuple.

Et cela donne un éclairage nouveau à la nouvelle constitution. Ravalomanana aménage les règles du jeu à sa volonté autocratique afin qu'il puisse agir dans le respect des lois, parce qu'il s'est engagé dans la "bonne gouvernance" et l'Etat de Droit.

En général, les hommes politiques composent avec les moyens dont ils disposent pour agir. Ravalomanana prend le problème à l'envers, et redéfinit les moyens à sa disposition afin de les rendre compatibles avec ses actions.

C'est très logique finalement, c'est la façon autocratique de faire dans une entreprise: La stratégie de l'entreprise ne peut être appliquée avec les modes de fonctionnement en place? On change la façon de travailler pour se donner les moyens d'atteindre les objectifs.

Cependant, même si je crois fermement que l'homme est sincère, tout cela me fait peur. Pour plusieurs raisons:

- D'une part, Ravalomanana doit toujours travailler avec des personnes qui ne partagent pas forcément sa volonté de développer le pays, et qui mettent en péril les résultats de la stratégie présidentielle. J'irai même plus loin, si Ravalomanana remet trop en cause les avantages de certains, je ne donne pas cher de l'homme, tant ces personnes verrouillent l'ensemble de la société malgache, tant au niveau économique que politique ou militaire. On parle ici d'une quinzaine de familles seulement. Il n'y a qu'à voir les faibles résultats du BIANCO.

- D'autre part, la qualité de l'action repose sur un homme et ses convictions, ce qui génère un risque de dérive dans le cas où l'homme renierait ses principes, ou le jour où il quittera le pouvoir (nul n'est éternel).

"N'ayons pas peur, croyons seulement", le slogan est plus que jamais d'actualité.

 

 


http://www.lexpress.mu/services/archive-82452-ravalomanana-je-gere-mon-pays-comme-je-gere-une-entreprise.html

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tomavana 26/03/2007 10:09

A Genève, le week-end dernier les étrangers établi depuis au moins huit ans en Suisse ont pour la première fois pu participer à l\\\\\\\'élection des conseillers municipaux.Citer la Suisse pour montrer le contraste est révélateur du gouffre à combler en terme de démocratie à Madagascar.